✍ De la Revue de synthèse aux Annales. Lettres à Henri Berr, 1911-1954 [1997]

por Teoría de la historia

41L5YEjYlmL._SY344_BO1,204,203,200_Si le nom de Lucien Febvre, associé à celui de Marc Bloch, est lié pour des générations d’historiens à la fondation des Annales en 1929, plus rares sont les mentions du nom d’Henri Berr dans la genèse de ce qu’on appellera plus tard La Nouvelle Histoire. Ce recueil de 298 lettres de Lucien Febvre à Henri Berr rend, en quelque sorte, hommage à cet éminent chercheur de la première moitié du XXe siècle. Professeur de lettres, Henri Berr ne se limite pas à son champ disciplinaire et manifeste l’ambition de remuer le «monde des historiens» en lançant en 1899 la Revue de synthèse historique. Il estime qu’il est indispensable pour la survie de l’Histoire de s’appuyer sur des bases épistémologiques nouvelles. Combattant l’érudition comme une fin en soi, luttant contre le culte de l’événementiel et du narratif, il appelle l’émergence d’une histoire explicative, ouverte à l’interdisciplinarité. Il est rejoint par Lucien Febvre en 1904. Les deux hommes s’imposent rapidement dans le monde des sociétés savantes et mettent en oeuvre des projets de grande envergure: «l’Encyclopédie française» pour L. Febvre et la collection «l’Evolution de l’humanité» pour H. Berr qui transforment les notions traditionnelles véhiculées par l’Histoire. Le primat de la science y est affirmé: l’Histoire ne devrait être qu’«Histoire-problème» (L. Febvre). Les lettres de Lucien Febvre (seules vingt-quatre lettres de H. Berr sont publiées) retracent ces actions communes et ne cachent pas l’admiration qu’il éprouve pour H. Berr ni la dette qu’il a à son égard. Les lettres témoignent d’un respect affectueux mais aussi de positions tranchées, voire de désaccords affirmés. Si les échanges présentent des principes philosophiques et des débats théoriques sur l’Histoire, ils montrent aussi que les deux hommes ne laissent rien au hasard. L. Febvre utilise quatre pages pour faire une critique et une proposition de la composition de la page-titre de la Revue de synthèse! Au travers de cette correspondance, on note cette «qualité d’humanité» qui marque les deux professeurs même lors de leur brouille passagère vers 1935 et leur engagement dans les débats et les drames de ce demi-siècle. Historiens, ils sont aussi acteurs et témoins de leur temps.

[François BOURGUIGNON. “Lettres à Henri Berr, 1911-1954”, in Sciences Humaines (Paris), nº 82, abril de 1998]