✍ Culture écrite et société. L’ordre des livres XIVe-XVIIIe siècle [1996]

por Teoría de la historia

9782226087010_largeLa compréhension d’un texte ne dépend pas uniquement du texte et du lecteur. Dans la construction de sens entrent en jeu, de manières importantes et diverses, les conditions dans lesquelles le texte a été écrit et celles qui ont présidé à sa transmission et dicté sa présentation. Voilà ce sur quoi portent les réflexions et les études de cas que Roger Chartier a réunies dans ce livre composé de 7 essais. Ce faisant, comme il le signale lui-même dans son introduction, il est conduit à critiquer les approches jusqu’alors dominantes, celle des sociologues “qui qualifie les productions culturelles à partir de l’identité sociale de leur public”, celle des analystes du texte “qui établit leur signification à partir de leur seul fonctionnement”. Roger Chartier répertorie et analyse tout ce qui peut modifier le procès de lecture et la signification des textes. Car un auteur écrit un texte et pas un livre. Il n’est donc que le premier des maillons d’une chaîne reliant l’acte d’écriture à celui de la lecture. Histoire des conditions de l’écriture d’abord, du statut de l’auteur, de la notion de propriété littéraire aussi… rôles historiques respectifs des imprimeurs, éditeurs, typographes, libraires, bibliothécaires, illustrateurs, commentateurs participant à la confection et à la diffusion des textes dont le livre (le codex) est la forme finale mais qui a longtemps été le rouleau et qui devient de plus en plus l’écran… manières de lire d’hier et d’aujourd’hui… c’est tout cela, qui détermine les pratiques de lecture et les modes de compréhension, qu’analyse Roger Chartier. En commentant les thèses d’historiens du livre et de la lecture ou de philosophes du passé ou contemporains… en prenant l’exemple d’une comédie de Molière (Georges Dandin) pour illustrer l’influence des formes de représentation et de réception d’une œuvre sur ses différentes significations. Enfin, R. Chartier montre qu’il ne convient pas d’ “attribuer trop hâtivement aux pratiques culturelles une qualification sociale”. D’une manière abrupte, il affirme par exemple que “la culture populaire est une catégorie savante” définie un peu trop abusivement comme un système cohérent et sans lien avec la culture lettrée ou comme un ensemble de manques et de dépendances par rapport à une culture dominante et légitimée. Pour lui, tout comme il n’y a pas eu d’ “âge d’or” de la culture populaire il n’y a pas de lecture populaire spécifique et identifiable s’il existe pourtant des lecteurs populaires. “Les modèles culturels comme les objets et les textes, peuvent être partagés par-delà les différences de condition et faire l’objet de maniements différenciés”. Un livre qui aide à comprendre toute la complexité de la lecture, “la plus ingénument polymorphe des pratiques culturelles” selon la formule de Jean Claude Passeron. Un livre qui devrait intéresser tous les médiateurs du livre et notamment les enseignants tant il est vrai qu’il est bon de connaître ce qu’on se propose de faire connaître et pratiquer.

[Michel VIOLET. “Culture écrite et société. L’ordre des livres (XIVe-XVIIIe siècle), Roger Chartier, Ed. Albin Michel, Coll. Bibliothèque Histoire” (reseña), in Les Actes de lecture, n°57, marzo de 1997]

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