✍ Encyclopédie française [1935-1940]

por Teoría de la historia

912174783Les journées consacrées à «Lucien Febvre et l’Encyclopédie française» (IMEC, 22-24 mai 1997) ont attiré l’attention sur cette entreprise intellectuelle originale, lancé par Anatole de Monzie en 1933, dans une conjoncture internationale marquée par la préparation de grandes oeuvres encyclopédiques liées aux régimes de l’Italie fasciste, de l’Allemagne nazie et de l’URSS. Le colloque est né de la rencontre de circonstances favorahles, le dépôt à l’IMEC des dossiers d’archives de Lucien Fehvre concernant l’Encyclopédie française dont il fut le maître d’oeuvre de 1933 à 1964, avec le projet d’histoire intellectuelle comparée, lancé par Giuliana Gemelli (Centro di Riserche sull’Europa de l’Université de Bologne), sur les Encyclopédies. Le Groupe de recherche sur l’histoire des intellectuels (IHTP) s’associa à ce projet qui fut inauguré en 1994 par une première réunion de travail à la Maison des sciences de l’homme. Jacqueline Pluet (IMEC) et Olivier Dumoulin (Univcrsité de Rouen) ont été les chevilles ouvrières du colloque de mai 1997 qui s’organisa autour de plusieurs approches: l’élaboration et l’évolution du projet dans la pensée de Lucien Febvre, le mode de constitution du réseau, l’entreprise éditoriale et enfin la réception de l’Encyclopédie française. Dès l’ouverture, Olivier Dumoulin posa la question de la constitution du savoir encyclopédique, savoir raisonné, périmé dès qu’il se met en forme. Jacqueline Pluet, après avoir rappelé le petit nombre de travaux consacrés à l’Encyclopédie française (Pascal Ory, Giuliana Gemelli), fit l’inventaire des sources (archives Lucien Febvre, archives du Comité de l’Encyclopédie française déposées par Marcel Abraham à la Bibliothèque nationale, archives Henri Herr, archives Larousse). Elle souligna que l’Encyclopédie française dont le tome 18, dû à Julien Cain, reste très utilisé dans l’histoire de l’édition française, avait pratiquement disparu des rayons des bibliothèques, probablement à cause de son mode de consultation complexe, thématique et non alphabétique, de sa pagination et de ses feuillets mobiles. Le premier apport des différentes contributions fut de mettre en lumière la place centrale de l’Encyclopédie française dans la vie et l’oeuvre de Lucien Febvre (Jacqueline Pluet, Pascal Ory, Bertrand Müller, Gilles Candar), son exceptionnel investissement personnel et intellectuel ainsi que les innombrables difficultés auxquelles il dut faire face, en tant qu’universitaire peu familier du monde de l’édition et de la haute administration. Le problème de la conjoncture économique dans laquelle a été lancée l’entreprise fut posé par Jean-Yves Mollier qui souligna que la conjoncture politique (l’avènement du Front populaire) ne bénéficia pas à l’Encyclopédie française. Pascal Ory situa le projet dans le champ du politique en liant la démarche d’Anatole de Monzie à ses préoccupations de modernisation de l’État. C’est justement au volume 10 consacré à l’État que Giuliana Gemelli s’attacha, en en montrant la spécificité; placé sous la responsabilité directe d’Anatole de Monzie, assisté de deux membres du Conseil d’État, Puget et Tissier, il échappa à Lucien Febvre qui s’efforça de mettre en garde Monzie contre son pacifisme et ses sympathies mussoliniennes. L’analyse des relations entre Anatole de Monzie et Lucien Febvre fut un autre apport de ce colloque. Gilles Candar rappela ce qui pouvait rapprocher les deux hommes, appartenant à une même génération et à deux familles politiques proches, celle des “républicains socialistes” pour Anatole de Monzie, celle du socialisme pour Lucien Febvre. Celui-ci maintint cependant fermement le partage des tâches à l’Encyclopédie française. Se fondant notamment sur la correspondance, Gilles Candar décrit les moments de la rupture politique entre les deux hommes: Munich, puis l’Occupation lorsque Febvre refusa en 1941 la reparution de l’Encyclopédie française, ce qui donne un autre éclairage à la décision de continuer la publication des Annales. Le rôle moteur de Lucien Febvre fut souligné par de nombreux intervenants, que ce soit à travers ses divers plans successifs (Pascal Ory) ou à travers l’appui qu’il donna à Pierre Abraham dans la conception des volumes 16 et 17, “Arts et littératures” qui traitaient non seulement des oeuvres d’art mais des conditions d’exercice du travail créateur et de la transmission de ces mêmes oeuvres (Nicole Racine). Les collaborateurs de l’Encyclopédie française appartiennent-ils à une famille spécifique d’intellectuels, “l’intellectuel républicain”, comme le suggèrent Michel Trebitsch en évoquant notamment les figures de Sébastien Charléty, Célestin Bouglé, Henri Laugier. Il revient à Olivier Dumoulin de conclure sur la réception de l’Encyclopédie française, en distinguant la “réception rêvée, du projet originel et la réception effective”. En attendant qu’une étude plus systématique des différents volumes soit mise en oeuvre, ces journées ont permis de mieux comprendre ce que fut l’aventure de l’Encyclopédie française pour Lucien Febvre.

[Nicole RACINE. “Lucien Febvre et l’encyclopédie française”, in Vingtième Siècle. Revue d’histoire, nº 57, enero-marzo de 1998, pp. 132-133]

Anuncios