✍ La Correspondance. Les usages de la lettre au XIXe siècle [1991]

por Teoría de la historia

200253430Ce livre collectif ouvre un nouveau chantier dans l’immense entreprise que Roger Chartier et ses collaborateurs animent depuis une vingtaine d’années sur l’histoire du livre et de la lecture. L’étude s’ouvre par une analyse détaillée des pratiques sociales de la correspondance au milieu du XIXe siècle à partir des archives de l’enquête postale de 1847. Les auteurs expliquent la rapide progression des usages épistolaires à cette époque par l’action de l’État, le développement du capitalisme et l’urbanisation qui intensifient les besoins d’échange. L’un des intérêts méthodologiques que présente cet ouvrage, grâce au travail d’équipe, réside dans la genèse qu’il propose des pratiques de correspondance. A. Boureau dresse ainsi la généalogie des normes épistolaires en montrant qu’il s’agit d’une invention médiévale. Limitées d’abord aux cercles aristocratiques, ces pratiques se diffusent tout au long de l’Ancien Régime grâce à des techniques appropriées, notamment les modèles épistolaires que constituent les «Secrétaires» (étudiés par R. Chartier), puis au XIXe siècle, les manuels (étudiés par C. Dauphin). L’efficacité de ces techniques de diffusion des normes de la correspondance est décrite dans les contributions de J. Hébrard, D. Poublan, A. Martin-Fugier et P. Lebrun-Pezerat qui décrivent la progressive intériorisation des pratiques épistolaires dominantes par les classes populaires ; non seulement chez les employés des postes, mais aussi chez les ouvriers, les paysans, les domestiques.

[Gérard NOIRIEL. “Roger Chartier (ed.) La correspondance. Les usages de la lettre au XIXe siècle, Paris, Fayard, 1991, 462 p.” (reseña), in Genèses, vol. IX, nº 1, 1992, p. 167]