✍ Figures de la gueuserie [1982]

por Teoría de la historia

colportage_001Les éditions Montalba ont entrepris de rééditer de nombreux textes de la Bibliothèque bleue. Initiative heureuse qui permettra de faire connaître dans leur version intégrale des textes déjà familiers aux lecteurs par les anthologies de Geneviève Bollème. Les Figures de la gueuserie réunissent six ouvrages publiés pour l’essentiel au XVIIe siècle avant d’entrer dans le répertoire de la Bibliothèque bleue. Trois d’entre eux, La vie généreuse des mattois, gueux, bohémiens et cagouz, Le Jargon ou langage de l’argot réformé et Le Vagabond décrivent la société des gueux, Cour des Miracles fortement hiérarchisée qui possède son langage -l’argot est la langue des voleurs- et ses “spécialistes” dans l’art de trousser le passant : malingreux, épileptiques, coquillards et avec eux toute la bande des faux mendiants. Ces thèmes sont repris avec ampleur dans le roman picaresque de Quevedo, L’Aventurier Buscon et inspirent une comédie de Claude de l’Estoile, L’Intrigue des filous. Pour l’essentiel, l’univers des gueux est traité dans ces ouvrages de manière pittoresque et burlesque. En effet, malgré la fascination mêlée de peur que suscitaient ces groupes marginaux, ils s’inscrivent en littérature dans un courant parodique et facétieux. Avec L’Histoire de Guilleri publiée dans la Bibliothèque bleue au XVIIIe siècle, le ton semble cependant différent : une figure émerge, celle du brigand au grand coeur, qui aura une place de choix dans l’imaginaire populaire. Le recueil est précédé d’une préface de Roger Chartier qui retrace avec précision l’évolution de chacun des textes. Une fois adoptés par les éditeurs de colportage, ils ont été en effet l’objet de remaniements et d’abréviations qui mettent par exemple en évidence la volonté de censure. C’est cette perspective évolutive que Roger Chartier a choisie, suivant en cela d’autres chercheurs qui travaillent actuellement dans le domaine de la littérature de colportage. Le seul reproche qui pourrait être fait à cet ouvrage concerne moins la préface, fort documentée, que le choix des textes. En effet ni La vie généreuse des mercelots, ni Le Vagabond n’ont fait partie à proprement parler de la Bibliothèque bleue. Ils se rattachent, certes, à la littérature de gueuserie, et sont intéressants à ce titre mais ils ne sont pas représentatifs de la littérature de colportage.

[Lise ANDRIES. “Figures de la gueuserie. Textes présentés par Roger Chartier. Paris, Montalba, 1982”, in Revue d’histoire littéraire de la France (Paris), Año LXXXIV, nº 6, noviembre-diciembre de 1984, p. 960]