➻ Paul-Albert Février [1931-1991]

por Teoría de la historia

arton1320Le décès de Paul-Albert Février, survenu en quelques semaines à la suite de ce qu’il est convenu d’appeler une cruelle maladie, fait perdre au Maghreb, et particulièrement à l’Algérie, un vrai ami. Un vrai ami qui, après avoir pris, en 1959-1961, des positions qui le coupaient de la communauté française locale, n’hésitait pas à critiquer, voire condamner sévèrement, une politique qui conduisit l’Algérie à la situation que l’on connaît aujourd’hui. Paul-Albert Février était chartiste de formation mais ses premières recherches furent archéologiques; avant même de suivre les cours de l’Ecole des Chartes ou de devenir membre de l’Ecole de Rome, il participait aux recherches de F. Benoît et H. Rolland en Provence et déjà dans sa ville natale et cité de prédilection, Fréjus où il devait conduire ses dernières fouilles. Parallèlement à cette continuité provençale, jamais démentie, se développe une activité considérable en Algérie. Son premier séjour au Maghreb eut lieu en Tunisie, alors qu’il était pensionnaire de l’Ecole française de Rome; mais après la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, il fut nommé par les nouvelles autorités Inspecteur général des Antiquités. En fait, il succédait à la longue et prestigieuse lignée des Directeurs des Antiquités, archéologues et historiens qui eurent pour nom, Gsell, Carcopino, Albertini, Leschi, Lassus et qui tous eurent à souffrir de cette étrange dyarchie qui permettait à l’Architecte en chef des Monuments historiques d’exercer un contrôle étroit sur les recherches. Paul-Albert Février ne connût pas de tels inconvénients mais il eut à franchir bien d’autres obstacles. Très critique à l’égard de ses devanciers à qui il reprochait d’avoir été plus historiens qu’archéologues et d’avoir été obnubilés par l’oeuvre de Rome en Afrique, Paul-Albert Février voulut promouvoir un autre type de recherche, fondé sur l’établissement de stratigraphies plus rigoureuses, qui lui permirent, par exemple, de contribuer à la révision chronologique et au rajeunissement considérable de la plupart des mosaïques africaines. Sa période de prédilection était ce qu’on appelait dédaigneusement le Bas Empire ou pire, la Basse Epoque, et qu’à la suite de son maître, H.-I. Marrou, il nommait l’Antiquité tardive. Devenu Professeur à la Faculté des Lettres d’Alger, il put orienter ses étudiants vers ces « Siècles obscurs » mais hormis les beaux travaux sur Sétif et les Djédars, les résultats ne furent pas toujours à la hauteur des espérances. Ses très nombreux articles et ouvrages sur la forme de l’écrit, sur les aspects culturels, sur l’urbanisme, sur le pouvoir, ses travaux et directions de recherche à Sétif ou à Tébessa, enfin les nombreuses thèses qu’à Aix il fit soutenir à des étudiants maghrébins révélèrent nettement son option en faveur de cette époque charnière, entre l’Antiquité chrétienne et le Moyen Age musulman. L’article intitulé «Approches récentes de l’Afrique byzantine» qu’il donna à la ROMM (1983, n° 35) est bien révélateur de ses préoccupations dominantes et de l’évolution inévitable de sa manière d’aborder les questions : il avouait, ces dernières années, qu’il se sentait, à son tour, plus historien qu’archéologue. Il serait étrangement réducteur de limiter à ces recherches et à son enseignement universitaire l’oeuvre de Février, c’est ainsi que ces dernières années il occupa des fonctions importantes à la direction du patrimoine. Homme de gauche et homme de dialogue, même si sa pensée discursive n’était pas toujours facile à suivre, Février se trouva très à l’aise dans l’Université issue de mai 1968, année de son retour en France. Depuis la mise en place des nouvelles structures en 1969, année qui coïncidait avec mon départ d’Alger et ma nomination à Aix, nous passâmes, Paul-Albert et moi, d’innombrables heures autour des longues tables ovales des Conseils de l’Université de Provence, aussi bien à Marseille qu’à Aix. Je sais que de nombreux collègues s’étonnaient de ce que nous ne fussions pas plus souvent en désaccord, mais nous avions en commun, outre la même foi chrétienne, le même profond attachement, plus idéologique chez lui, plus viscéral chez moi, pour cette Afrique méditerranéenne, ce Maghreb, à la fois si proche et si distant.

[Gabriel CAMPS. “Paul-Albert Février 1931-1991”, in Revue du monde musulman et de la Méditerranée, n° 59-60, 1991, pp. 266-267]